Après avoir lu le livre Not the End of the World de Hannah Ritchie, qui affirme que seule la croissance verte peut résoudre les problèmes environnementaux , je voulais voir les arguments des partisans de la décroissance.
L'impossibilité de la transition énergétique
Timothée Parrique se base aussi sur la notion d'entropie pour montrer l’impossibilité de la transition. Par exemple, il affirme que le recyclage des batteries ne peut pas être complet, qu'il y a une dégradation de la matière à chaque cycle en raison de l'entropie. C'est un contresens. La grande majorité des matériaux qu'on utilise ne sont pas purs à l'état naturel, il faut les raffiner pour les utiliser, et on y arrive. Avec suffisamment d'énergie, on atteint déjà des taux de recyclage de batterie extrêmement élevés, alors qu'on en est au début. Également très bonne vidéo du Réveilleur sur le sujet de l'entropie et de la transition énergétique.
La décroissance
Il fait ensuite une revue des différents outils pour mettre en place une société sans croissance. Cela inclue redistribution, démocratie, nationalisations, coopératives, taxation progressive des émissions, diminution du temps de travail, low-tech, nouveaux indicateurs etc....
Qu'en penser ?
Même si un chapitre entier justifie le terme de "décroissance", je trouve toujours qu'il est malheureux car il braque. Ce que propose le livre n'est pas une décroissance pour tous. Il propose une décroissance des secteurs les plus polluants et des pays les plus riches. Mais les secteurs vertueux et les pays les plus pauvres continueraient de croître jusqu'à l'atteinte d'un seuil. Le terme de sobriété ou de réduction de la demande me paraît mieux décrire le projet.
N'étant pas très calé en économie, lorsque je suis confronté à une idée que je connais peu, j'aime savoir quel est le consensus scientifique. Sur les sujets liés au réchauffement climatique, le 6e rapport du GIEC représente le consensus scientifique. La 3eme partie du rapport est celle qui aborde l'économie.
Selon celui-ci, limiter le réchauffement à 2 degrés aurait un impact faible sur la croissance globale à 2050 (PIB 1.3 à 2.7% inférieur à ce qu'il pourrait être en 2050). Le PIB doublerait entre 2020 et 2050 (6e rapport du GIEC Groupe de travail 3, résumé pour les décideurs, paragraphe C 12.2).
Le livre oppose technologies vertes et sobriété. Alors que le rapport du GIEC préconise de jouer sur tous les tableaux. Ainsi la réduction de la demande permettrait de faire baisser les émissions de 40 à 70% dans les secteurs des transports terrestres, de l'alimentation et de l'habitat (6e rapport du GIEC Groupe de travail 3, résumé pour les décideurs, paragraphe C 10).
Si le projet de société proposé par Timothée Parrique me paraît très séduisant, les freins pour le mettre en place en intégralité me paraissent également très importants. Ses contresens sur la transition et sa mise en opposition entre la technologie et la réduction de la demande me paraissent dangereux.
J'ai peur que son discours ne soit interprété par beaucoup comme la nécessité d'une société idéale comme préalable à toute action climatique, et donc d'un frein à l'action immédiate.

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